Soixante-dix pour cent des Américains ont été victimes d’une arnaque l’année dernière, mais les escroqueries financières les plus dévastatrices se produisent toujours derrière les portes vitrées des bureaux cossus. Capital One a récemment intenté une action en justice pour mettre un terme aux agissements des opérateurs qui utilisent son nom de marque à mauvais escient, mais ce n’est pas l’équipe juridique de l’entreprise qui remboursera les économies de retraite perdues. Alors que les banques traquent les réseaux de phishing et les escrocs au téléphone, une autre forme de fraude opère en toute légalité jusqu’à ce qu’elle s’effondre.
Les gros titres de ces trois dernières années se lisent comme un registre des trahisons de confiance. Un fondateur d’une start-up fintech vient d’être condamné à sept ans de prison pour avoir falsifié le nombre d’utilisateurs afin de tromper une grande banque. Un architecte du secteur des cryptomonnaies a plaidé coupable après qu’un effondrement de quarante milliards de dollars a ruiné des investisseurs particuliers. Un entrepreneur du secteur de la technologie de l'habillement fait face à des accusations de fraude portant sur 300 millions de dollars, tandis qu'un autre fondateur d'un empire de la distribution est mis en examen. Même d'anciens présidents font l'objet de sanctions civiles pour avoir gonflé la valeur de leurs actifs afin d'obtenir des conditions de prêt avantageuses. Le dénominateur commun est simple : des promesses exagérées, des documents falsifiés et une responsabilité différée.
Pour les familles de travailleurs, ces affaires ne se résument pas à de simples informations économiques abstraites. Lorsqu’un grand fonds de pension subit une perte suite à la faillite d’une entreprise, cela se traduit par un gel des indexations sur le coût de la vie. Lorsque les primes d’assurance grimpent en flèche parce qu’un conglomérat a gonflé son bilan, cela pèse directement sur le budget consacré à l’épicerie. Pendant ce temps, des agents fédéraux mènent des descentes dans des crèches pour fraude au système de protection sociale, tandis que des procureurs fédéraux démissionnent plutôt que de poursuivre des cibles politiquement opportunes. Le message envoyé à quiconque pointe à l’heure est d’une clarté brutale : volez votre employeur et vous finirez en prison. Volez le public et vous obtiendrez un accord à l’amiable.
Il n’est pas surprenant que les organisateurs du 1er mai se soient mobilisés sous la bannière « Les travailleurs avant les milliardaires », organisant des grèves et des « black-out » économiques dans des dizaines de villes. Lorsque les travailleurs voient les dirigeants échapper aux véritables conséquences de leurs actes alors que leurs propres salaires stagnent face à la hausse des loyers, le contrat social s’effiloche. La récente tendance à des arrêts de travail coordonnés ne découle pas d’une théorie radicale. Elle vient de personnes qui gèrent leur budget, s’occupent de leurs enfants et constatent que les mêmes règles financières s’appliquent différemment selon qui signe les chèques.
La fraude d'entreprise ne disparaîtra pas grâce à un nouveau communiqué de presse ou à une comparution symbolique devant les tribunaux. Elle prendra fin lorsque les autorités de régulation traiteront la fraude en col blanc avec la même urgence que le vol de rue, et lorsque les électeurs cesseront de considérer des bilans gonflés comme un signe de progrès économique. D'ici là, la seule question qui reste est de savoir combien de salaires les familles de travailleurs devront encore sacrifier avant de refuser tout simplement de continuer à payer pour ces dégâts.

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